BRH · WP/2026/1
Instabilité politique et dynamique des prix en Haïti
Comment les chocs politiques, les déséquilibres budgétaires et les tensions du marché du travail nourrissent l'inflation haïtienne
Cette page est une note de lecture Fanal du Working Paper WP/2026/1 de la BRH. Les chiffres et conclusions sont présentés à titre synthétique pour un lectorat non-spécialiste. Pour l'analyse économétrique complète, les séries statistiques et la bibliographie détaillée, se référer au PDF original de la BRH.
Premier numéro d'une nouvelle série de Working Papers lancée par le Département de Recherches Économiques et Financières (DREF) de la BRH. Les auteurs examinent les moteurs de la dynamique des prix en Haïti et identifient trois canaux principaux — chocs politiques, déséquilibres budgétaires et tensions sur le marché du travail — en mettant en évidence le rôle dominant de l'instabilité politique. Celle-ci agit sur le taux de change, renchérit les produits importés et désorganise les circuits de production locaux. L'étude documente un point de rupture à partir de 2018, depuis lequel l'économie haïtienne est entrée dans une phase de stagflation prolongée.
Question de recherche
Qu'est-ce qui explique la persistance et l'accélération de l'inflation en Haïti depuis la fin des années 2010, et quel est le poids relatif des facteurs politiques, budgétaires et structurels dans la formation des prix ?
Facteur dominant
Instabilité politique
devant les déséquilibres budgétaires et les tensions du marché du travail
Point de rupture
2018
accélération de l’inflation dans un contexte de crise politique et sécuritaire
Régime économique
Stagflation
croissance faible conjuguée à une inflation élevée et persistante
Canal principal
Taux de change
dépréciation de la gourde → renchérissement des importations → prix
Inflation annuelle (IHSI)
22,1 %
Après un pic à 31,9 % en septembre 2025
IHSI, février 2026
Taux de référence BRH
≈ 130 HTG / USD
Dépréciation continue de la gourde
BRH, avril 2026
Croissance du PIB
Négative
Croissance faible ou négative sur plusieurs années consécutives
Stagflation prolongée depuis 2018
Dernière élection présidentielle
~10 ans
Facteur aggravant pointé par les auteurs
Absence de scrutin
Haïti traverse depuis la fin des années 2010 une succession de chocs politiques et sécuritaires majeurs. Les épisodes de « Peyi Lock » (2018-2019), l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la montée en puissance des coalitions de gangs et l'absence d'élections depuis près d'une décennie ont déstabilisé les institutions et l'activité économique.
Dans ce contexte, l'inflation est devenue un phénomène persistant. L'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI) a enregistré une inflation annuelle de 31,9 % en septembre 2025, encore à 22,1 % en février 2026. La gourde s'est fortement dépréciée face au dollar américain, le taux de référence de la BRH se situant autour de 130 HTG/USD au printemps 2026.
Cette situation rend la question de l'origine des pressions inflationnistes particulièrement urgente : s'agit-il d'un phénomène monétaire, d'un effet mécanique de la dépréciation du change, d'un problème budgétaire, ou d'un symptôme plus profond de l'instabilité institutionnelle ? Le papier se donne pour objectif de trancher empiriquement cette question.
Les auteurs construisent un cadre d'analyse articulant trois blocs de variables explicatives de l'inflation haïtienne :
Chocs politiques et sécuritaires
Épisodes de crise institutionnelle, blocages routiers (Peyi Lock), montée des gangs, absence d’élections. Ces chocs sont modélisés comme perturbations affectant simultanément le taux de change et les circuits de production.
Déséquilibres budgétaires
Déficit du secteur public, financement monétaire éventuel, dette publique, transferts et subventions — variables fiscales qui pèsent sur la masse monétaire et la demande globale.
Tensions du marché du travail
Salaires nominaux, informalité, productivité, chômage urbain — déterminants qui alimentent la spirale prix-salaires dans une économie dépendante des importations.
Le résultat central du papier est sans ambiguïté : parmi les trois familles de facteurs étudiés, c'est l'instabilité politique qui pèse le plus fortement sur la dynamique des prix. Les auteurs documentent un point de rupture net à partir de 2018, à partir duquel la relation entre chocs politiques et accélération de l'inflation se renforce durablement.
Le mécanisme identifié est double. D'une part, les épisodes d'instabilité provoquent une dépréciation accélérée de la gourde : dans une économie structurellement dépendante des importations alimentaires et énergétiques, ce choc de change se transmet rapidement aux prix à la consommation. D'autre part, les blocages logistiques et la montée des gangs désorganisent les circuits de production locaux et renchérissent les coûts de transport, ce qui amplifie l'effet initial.
Les déséquilibres budgétaires et les tensions salariales jouent un rôle secondaire mais non négligeable. Le financement monétaire du déficit public, lorsqu'il intervient, accentue les pressions inflationnistes, tandis que l'érosion du pouvoir d'achat alimente la défiance vis-à-vis de la gourde et accélère la dollarisation informelle de l'économie.
Combinée, cette dynamique explique l'installation durable de l'économie haïtienne dans une phase de stagflation : croissance faible ou négative, inflation élevée, et dégradation de la confiance des agents économiques.
2018
Point de rupture
Début des épisodes de Peyi Lock, accélération de l'inflation dans un contexte de mobilisation PetroCaribe.
Juillet 2021
Assassinat de Jovenel Moïse
Vide institutionnel, affaiblissement de l'État, montée en puissance des gangs dans la capitale.
2022
Escalade sécuritaire
Affrontements majeurs G9/Gpèp à Cité Soleil, pertes civiles massives, blocage de la RN2.
Mars 2024
Formation de Viv Ansanm
Coalition unprécédentée des principaux gangs, contrôle estimé à 80 % de Port-au-Prince selon l'ONU.
Septembre 2025
Inflation à 31,9 %
Pic inflationniste enregistré par l'IHSI.
Mars 2026
Publication du WP/2026/1
La BRH publie sa première analyse empirique structurée des déterminants de l'inflation haïtienne.
Les auteurs tirent des conclusions de politique économique qui dépassent le cadre strictement monétaire. La BRH seule ne peut pas contenir durablement l'inflation si les sources de l'instabilité ne sont pas traitées.
Stabilité institutionnelle
Condition première. Sans horizon politique prévisible, les anticipations des agents restent défavorables à la gourde et les chocs de change se reproduisent.
Sécurité et rétablissement des circuits logistiques
La neutralisation du contrôle territorial par les gangs est identifiée comme un levier direct de désinflation, via la réduction des coûts de transport et la reprise de la production locale.
Restauration de la confiance
Nécessaire pour enrayer la dollarisation informelle et permettre à la politique monétaire de regagner en efficacité.
Coordination budgétaire et monétaire
Éviter le financement monétaire du déficit public, renforcer la crédibilité des règles budgétaires.
- Working Paper WP/2026/1 — PDF original— BRH, DREF
- Présentation web du WP/2026/1— haitibrand-brh.vercel.app
- Publications BRH— Banque de la République d’Haïti
- Taux de change — évolution— BRH
- IHSI — Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique— IHSI
- Inflation en Haïti : quand la crise politique alimente la flambée des prix— Le National
- La BRH lance ses Working Papers pour analyser l'inflation— Vantbefinfo
Pour l'analyse économétrique complète, les tableaux de résultats détaillés et la bibliographie exhaustive, consulter le PDF original publié par la BRH.
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